Salut à tous !
Peut être avez-vous remarqué le clin d'oeil à la Saga Fallout (Garden Eden Creation Kit) sinon, sachez que le jardin d'Eden en kit représente en quelque sorte une valise contenant tout ce qui est nécessaire afin de recréer une civilisation complète.
Bien entendu, c'est pour nous en grande partie encore de la science fiction, comme par exemple le processus de terraformation, qui consiste à créer en quelques secondes une couche de terre vivante à partir d'une terre stérile et irradiée, un purificateur d'eau irradiée (quoique cela soit possible dans une certaine mesure) et une mini centrale à fusion nucléaire.
Je laisse cette première partie volontairement de côté, car traitée dans d'autres topics.
En revanche, une autre partie me semble intéressante : créer une agriculture avec uniquement ce qui est contenu dans cette valise.
Et donc l'idée logique : comment créer après un exil le potager du survivaliste avec uniquement ce qui se trouve dans une boite, disons une boite à sucre ?
Ceci rejoint en partie le topic semences, dans lequel l’on parle avec certains membres de la production de graines de plantes très nutritives, mais difficiles à reproduire par semis (patates, oignons, topinambours, etc...); cela rejoint également le topic potager du survivaliste dans le sens où l'on ne peut utiliser de produits phytosanitaires, ni d'outils perfectionnés,et enfin, il est en accord avec le topic "Combien de temps pour produire de la nourriture", et je l’ai fusionné avec un sujet que j’allais créer sur l’appauvrissement génétique inhérent à une culture autarcique (ou du moins dans les premiers temps).
C'est une expérience à mon avis intéressante dans le sens où par exemple en crise importante on est tenu d'abandonner son domicile, ses affaires et bien entendu son potager et ses ressources pour migrer parfois sur une longue distance.
Donc je propose ici que l'on échange ses idées sur la création de ce fameux JEK, et de tester son potentiel.
Donc, le plus important : la taille de la boite : Je celle d’une boite à sucre conviendrait, et aussi par habitude (EDC etc…), j’utilise les boites métalliques à thé. Elles sont un peu plus petites mais ne m‘ont jamais fait défaut : ne s’ouvrent jamais toutes seules, étanches (pour être plusieurs fois tombé dans une rivière, mon EDC a toujours été sec).
Ensuite :
les graines.
C’est à on avis le meilleur moyen de stockage dans le cadre de cette expérience :
- longue conservation pour la plupart (prolongée en cas de stockage au frais)
- peu de place nécessaire
- pas d’entretien nécessaire
Il convient cependant de bien connaître la longévité de ces graines ; celle de la stévia n’excède pas trois mois, et celle du persil 6 ans. Attention bien entendu, car la plupart du temps, la date de péremption d’un sachet représente une durée de
demi-vie ; c'est-à-dire que la moitié des graines ne germera probablement pas passée cette durée, et la moitié des restantes non plus une fois passée encore.
Ce qui fait que statistiquement sur 1000 graines, on pourrait faire germer quelques graines de persil même après vingt ans de conservation (qui doit être parfaite).
Au niveau du
stockage de ces graines, le premier facteur est bien entendu l’
humidité, qui entraîne moisissures et détérioration du lot. L’emballage est donc à surveiller de très près car les graines, même séchées, conservent toujours une part d’humidité. Pour vous en convaincre, vous pouvez fermer hermétiquement un pot de confiture avec des haricots dedans. Au bout de quelques semaines, de la buée se formera et les graines seront probablement pourries.
Il convient donc d’ajouter un
dessicant avec elles. Ceux fournis avec les feuilles par exemple de nori sont excellents. Si l’on ne peut s’en procurer, j’ai obtenu de bons résultats en ajoutant des
grains de riz (astuce de famille) aux sachets.
Donc pour aborder le sujet, je trouve intéressant lorsque l’on relit le topic en biais, de mettre en gras le nom des graines ainsi (éventuellement le nom vernaculaire, patois ,etc…).
Mais avant d’aborder le JEK en lui-même, un petit rappel de génétique. Ce court résumé est d’un niveau assez faible, voire grossier dans certaines parties et ne prétend pas remplacer les millions d’informations disponibles sur la génétique, matière qui se complète de jour en jour. C’est juste un mini topo type collège sur la matière.
Prenons l’exemple des pommes de terre. Démarrées à partir de graines, il faut s’attendre à un résultat plus qu’aléatoire. En effet, les variétés sont reproduites à l’aide des tubercules donc par clonage et restent globalement stables avec cette méthode. Les tubercules ayant tous le même patrimoine génétique, ils risquent fort d’avoir la même physionomie, dépendamment de facteurs environnementaux bien entendu….
Donc en démarrant les plants à partir de semis, on a deux risques :
La petitesse des tubercules la première année, car la plante ne démarre pas sur des réserves d’amidon et doit former l’intégralité de son système racinaire.
Le côté hybride de la plante (que l’on aura induit pour avoir les graines) avec le pollen d’une autre (de souche différente), ou d’elle-même si la variété n’est pas autostérile (processus évitant l’autopollinisation, en espérant bien entendu que le pollen ne provienne d’un autre clone!)
Dans ce cas, les tubercules risquent d’être de formes et de tailles très variées, car résultant de deux souches distinctes. Cette année, je tente le croisement de la ratte et de la vitelotte (on verra bien !).
Autre problème (à fuir) : les plantes résultant d’hybridations commerciales (du type F1). L’hybridation est un croisement entre deux souches bien distinctes afin de tirer parti des bénéfices des deux ; comme par exemple une souche rustique qui produit de bonnes tomates très sucrées, mais qui se récoltent mal (Rose de Berne, qui contient le gène « goût »), avec une souche dégueu mais qui produit de solides tomates (qui contient le gène « solide »)
Avec de la chance, l’hybridation donnera une souche pas trop dégueu avec des tomates qui se récoltent bien.
Le problème vient bien entendu de la pérennité de la production de semences de cet hybride et ce, dès les premières générations. En effet, la plupart du temps, les graines sont soit stériles, soit elles forment des plants n’ayant plus les qualités du F1 (première génération).
Donc le problème se pose tout particulièrement pour les pommes de terre (où l’on cultive uniquement le même clone d’année en année), et il convient de procéder à plusieurs tests, ou de s’assurer de la stabilité de la souche si l’on parvient à se procurer des graines. Bien entendu, le calibre et le goût nous importent dans une moindre mesure en autarcie et la fertilité des graines et nous intéresse principalement dans les premiers temps.
En autarcie, on arrive vite au problème de « consanguinité » des plantes, qui cause l’épuisement génétique (ou parfois une nouvelle variété si l’isolement est long).
C’est le problème, d’une part de récessivité et de dominance des allèles, et d’autre part celui des mutations.
Le premier me semble le plus important puisqu’il arrive dès les premières générations cultivées.
Imaginons (sommairement) que la plante possède un gène codant pour la solidité de la plante ; et qu’il soit en deux exemplaires dans la cellules (2 chromosomes). Ce gène pouvant coder soit pour la solidité, soit pour la fragilité (la fragilité étant par exemple une ancienne mutation de S, devenu inopérant) ; Nous avons donc deux allèles : S et F. Et la plante possède soit SS, SF et FF (FS étant identique à SF mais à prendre en compte lors des statistiques).
Si F est dit récessif, alors la seule présence de S est suffisante pour que la plante soit solide. C’est souvent dans les cas où l’allèle S sert à coder une enzyme engendrera une cascade de processus biologiques (comme la formation d’un précurseur de protéines de la paroi des cellules) ; les enzymes agissant à doses infinitésimales. Donc les plantes SS et SF seront solides.
FF sera quant à elle dans un sale état puisque ne possédant aucun allèle de solidité.
Si l’on a croisé deux pommes de terre non stable : Ratte (SF) avec une Vitelotte (S F)
Chaque variété donnera la moitié de son patrimoine génétique à sa descendante (soit S, soit F)
Nous auront donc des descendant F1 bien différents (statistiquement) :
Un quart S.S.
La moitié S.F
Un quart F.F
Donc les trois quarts des plants seront solides. D’où l’hybridation F1 peu stable puisque les plants seront revendus sans distinction.
Et à la seconde génération, nous retrouverons de nouveau des plants F.F., et ainsi de suite sur plusieurs générations, la « consanguinité » faisant que la proportion de F reste importante (et non nulle).
Il arrive parfois que l’allèle soit associé à un autre gène permettant de savoir si la souche est stable ou non (produit des taches roses par exemple si elle est SF mais pas SS).
Dans un cas plus favorable, le gène de solidité est récessif, ce qui fait que l’on est sûr que la plante possède deux S.S.
Mais bien entendu, ceci s’opère sur plusieurs milliers de gènes à la fois (sans parler des processus croisés et des gènes antagonistes), et le risque de voir apparaître certains défauts cachés croît de génération en génération, avec une probabilité accrue de voir apparaître les allèles récessifs.
La solution toute faite est bien entendu le clonage, par bouturage par exemple. La bouture possédant le même patrimoine génétique que le plant mère, on peut perpétuer à (presque) l’infini l’espèce.
Dans ce cas, on peut voir apparaître plus facilement les mutations génétiques. Elles sont aléatoires la plupart du temps ; ou causés par toute une série de substances : radioactivité, produits mutagènes, produits phytosanitaires, virus, mitose incomplète, gènes qui migrent d’un chromosome à l’autre, etc…
Les mutations peuvent aussi bien procurer un avantage qu’un inconvénient.
Dans un premier cas (rare mais non nul), la plante acquière une qualité qui fera qu’elle sera sélectionnée et reproduite (cas des insectes "sélectionnés" par les pesticides). Il faut parfois attendre plusieurs génération si la mutation est récessive (comme on dit : » ta grand-mère l’avait mais pas ton père ; ça a sauté un génération !)
Si la mutation abîme un gène , on dit qu’elle est délétère. Cela peut tout aussi bien donner une qualité (la partie qui code l’amertume de la tomate est endomagée), qu’un défaut (la solidité de la plante).
C’est pourquoi on utilise beaucoup les clones dans la recherche afin d’avoir une batterie témoin, à la quelle on applique différents traitements.
Attention toutefois aux clones confrontés aux phénomènes ponctuels.
Par exemple, près d’ici, toute une partie de forêt avait été replantée avec uniquement des clones de sapins. Malheureusement, cette souche était sensible à un virus et cette partie fut décimée en un temps record.
C’est pourquoi souvent le plant mère à l’origine des boutures est cultivé à part….
Trêve de génétique, parlons graines :
Nous avons donc en premier lieu les
pommes de terre. Les graines suivantes que j’ajouterai sont les
oignons. Apparemment cultivables facilement ; ils produisent des bulbes plus petits la première année. Mais si l’on a des graines en quantité, cela me semblerait tout de même intéressant ; sans parler des vertus médicinales de cette plante.
Viennent ensuite le
topinambour, l’
ail, la
ciboulette, les
haricots (de Soisson), et le
Chervis.
Les topinambours ont deux particularités : devenir envahissants s’il ne sont pas récoltés intégralement (le moindre morceaux restant pouvant donner une nouvelle plante l’année suivante) et de très peu fleurir lorsqu’ils sont cultivés. Je vais tenter d’ajouter quelques graines si possible (ma collection commence à s'étoffer).
Actuellement, mes plantes amorcent leur floraison, donc la récolte des graines de pommes de terre et d’oignon ne va pas tarder.
L’expérience va se dérouler en plusieurs temps :
Courant juillet, la formation de cette fameuse boite, contenant toutes les graines dont j'aurai besoin, ainsi qu'une feuille descriptive du contenu.
Je vais donc
tenter dès le mois de Septembre la germination d’une partie de ces graines à l'arrache (dans des contenants de récup avec de la terre de récup). Ces dernières seront transplantés dans le jardin dès la fin des gelées de l’année prochaine.
Un second lot sera directement semé en pleine terre.
Un dernier lot sera tout d’abord démarré en bacs peu avant le printemps.
Après ceci seront analysées (courant juillet 2010):
- les différents
croisements de pommes de terre.
- les différents
rendements (poids\m2) afin de répéter au mieux l’expérience.
Le tout dans un potager qui n'aura pas encore été cultivé, sans vraiment d'outils : une pelle, et sans aucun produit phytosanitaire, donc pas le fameux piège à limaces (arg !) car dépendant bien entendu d'un approvisionnement en bière....
N'hésitez pas si vous avez des idées afin de mener au mieux l'expérience !
